lundi 31 décembre 2018

Lettre à moi-même #3

Chère Alice du futur,

j'ai déjà hâte que tu lises cette lettre de là où tu es : 31 décembre 2019 ! Comme tu es loin, et comme je sais que je suis déjà fière de toi. J'espère que tu le seras de moi aussi, parce que depuis quelques jours, je suis tellement dure envers moi-même. Prends par exemple ce réveillon, j'aurais pu le passer chez les amis de Marie, l'invitation était sincère et ne demandait qu'un oui. J'aurais dû bien évidemment : Marie me manque, nos librairies respectives nous épuisent, mes cours à la fac sont terminés et retourner à Lille me sera douloureux dorénavant. J'ai conscience de tout ça. Mais je tenais à aller au bout de mon entreprise, je teste mon endurance, ma discipline et ma motivation. Je devais faire un retour réflexif sur cette année, et c'est pourquoi je suis dure. Parce que j'endure, depuis un an. 

Comme je suis tentée de refaire cette année à l'envers! C'est comme ça qu'elle me vient, certaines choses sont si vives, encore vivantes dans mon esprit. Non plus l'espoir Alice, mais la douleur. Il me faut pourtant faire les choses dans l'ordre pour avoir un réel bilan de toutes ces expériences, ces moments si forts, beaux, tristes, démoralisants, extraordinaires. Je ne sais pas encore si j'ai aimé ou détesté cette année, suis-je capable d'éprouver une réelle gratitude? Peuvent-ils mesurer l'étendue de mes progrès? Ne devrais-je pas tous te les attribuer? J'ai simplement l'impression que je déblaie le chemin que tu emprunteras, rien de plus. Mais c'est bien moi qui cherche le chemin, je peux au moins me contenter de ça.

 En janvier 2017 j'avais le CDI, le petit studio rue Pointin et des ordres : canalise-toi et débarrasse-toi de ta phobie des ballons de baudruche. J'étais mue par une force : la volonté. Je pressentais les défis, le dépassement de moi et la nécessité de m'intégrer à Amiens, pour enfin me projeter dans cette vie dont j'ai rêvé un certain été de 2015. Alors j'ai persévéré dans la méditation, j'ai pris rendez-vous chez une hypno-thérapeute et j'ai ouvert mon cœur à un nouvel ami. Je pensais que cette année était la bonne : enfin le couple, la stabilité, l'amour qui guérit de tous les maux! Je suis encore sidérée par cette naïveté qui m'est propre. Cette année, Alice, les hommes que j'ai aimé n'ont fait que salir cette innocence. La première nuit avec lui a été blanche, je partai le matin même donner mon premier cours à l'université de Lille, rayonnante malgré un épuisement que je n'ai su compenser en repos. Le drame s'est fait par étape, je peux lire sur mes photos Instagram : "il flippe", "je renoncerais à tout pour garder cette force et  cette liberté, même à toi. à toi qui m'écrases de tout ton poids la poitrine", "dans ces mondes-là, tu ne me fais pas mal". Je me souviens de cet acharnement non pas pour remonter à la surface mais pour aller chercher ce tout début de relation au fond de l'eau. J'attendais quelques mots, des miettes de rien pour finalement me noyer dans mes propres larmes, aux tréfonds de mes angoisses. Il m'a dit que j'avais réveillé ses vieux démons, moi, je lui ai affirmé qu'il filait à bouffer aux miens. Je me souviens de cette nuit blanche de février où j'ai cru mourir, revivant une scène qui m'est encore insoutenable. Ma directrice a vu mon visage le lendemain et m'a demandé de rentrer chez moi, j'avais si peur que le médecin me refile cette saloperie de diazépams... Il m'a conseillé de prendre des plantes et de laisser une autre chance au temps. Alors j'ai arrêté mes conneries : j'ai déménagé, j'ai cherché un chat et j'ai arrêté d'attendre son retour. Il est revenu, l'enfer a recommencé, en pire. Les sentiments n'y étaient certainement plus, il s'est simplement contenté de jouer sur les mots et de venir en pleine nuit, ivre et/ou défoncé pour du mauvais sexe. J'y croyais encore, j'y ai cru jusqu'en août, j'ai honte. Honte d'avoir appelé ce type mon ami, honte d'avoir eu autant de chagrin et d'avoir persisté autant de temps pour... Un nouvel abandon, en me balançant simplement que oui, il a eu des sentiments. Je n'ai aucun souvenir d'avoir été respectée, et ce dès le premier baiser. Je me suis sentie sotte, humiliée et responsable de cette humiliation. Mais tu sais, Alice, j'ai fait plus fort que ça : dans les jours qui ont suivi cette séparation des corps et des biens, je suis allée me fracasser sur les pierres qui font la base de ma muraille. Je sais, j'avance de 9 mois dès le premier paragraphe mais tu n'as maintenant plus de difficulté à comprendre d'où vient cette dureté. Il m'est intolérable qu'on me parle de progression, je n'ai constaté que d'horribles échecs, désillusions et souffrances pourtant inutiles.

Restons sur la souffrance : mon dos. des lumbagos à répétition, dont le premier qui a perduré un mois, sans que je ne m'en alarme. Les collègues qui se foutent de ma gueule quand je me prends cette décharge électrique. Ils s'amusent même à mettre deux livres par carton. On me dit que c'est ma faute, je me tiens mal, et puis on me reproche mon arrêt maladie alors qu'on me refuse l'accident de travail. J'aurai finalement mes saloperies de Diazépams, et ce que j'en ferai, Alice, je peux pas l'écrire ici. La méchanceté est venue de toutes parts, et surtout des plus proches : chacun y allait de son avis, les "on se dit tout" sont devenus des "je ne suis au courant de rien", pour finalement ne plus parler du tout aujourd'hui. Les rumeurs disaient que je simulais, qu'on me cite quelqu'un qui, pour rester trois jours chez elle, se paie deux séances d'ostéopathe, un tapis et un manuel de gainage, un sac adapté? Je ne parle pas de mes séances d'hypnose non-remboursées, 90 euros l'une.

Bon, j'ai passé mes nerfs en relatant ces mois difficiles. Je peux aborder ce qui a été construit : j'ai ce studio à la taille d'un vrai nid, que j'aménage encore pour le rendre totalement personnel. Pas plus tard qu'hier, j'aménageais un coin pour le yoga qui, ma foi, est ravissant! Je colle un tas d'images que j'amasse et entasse depuis des années, il est temps de poser tout ça contre les murs et de contempler. Naftaline est arrivée dans ma vie en mai, mois où j'ai coupé 10cm de ma féminité et que j'avais pour ambition de faire peau neuve, le pelage de mon chat vaut toutes les peaux de chagrin du monde. Elle est là, je me sens enfin responsable à juste titre et mes nuits sont certes plus courtes mais toutes vraiment magnifiques. Elle est la première vision après mes cauchemars, ça les estompe.

Dans cet immeuble j'ai rencontré Jimmy qui, quand il n'est pas centré sur son pénis, est vraiment gentil, et excellent coach sportif. C'est auprès de lui aujourd'hui que je cours, que je m'étire et que j'espace de moins en moins ces séances. Alice, il est loin d'être parfait mais il sait reconnaître les efforts que je fournis, persiste à mettre tes baskets et à t'élancer. Je tiens 40 minutes, je sais que tu feras plus et que, contrairement à moi, tu réussiras à mettre tes mains au sol et démontrer ta souplesse. Dans cette rue j'ai rencontré un voisin aussi charmant que maladroit, je sais que tu trouveras le bon moment pour lui relaisser un mot sur son parebrise. Dans cette ville j'ai rencontré énormément de cons, mais aussi des lecteurs enfants, ados, adultes, des qui ont confiance en moi et me remercient pour ce que je fais, pour ces clubs de lecture, ces petits cadeaux que j'aime parfois leur faire, pour l'amour que je mets dans mes conseils, pour la sincérité que j'ai dans mon métier. Je les aime tellement ceux-là, et j'espère que tu les aimeras plus encore.
Cette année j'ai rencontré mon idole : Marie-Aude Murail, je crois que seul Boris a compris toute la magie de ce moment, ce que j'entendais par "elle m'a parlé avec les yeux, c'est une gourou!!". Je pensais être maudite et ne jamais l'apercevoir, j'ai maintenant une connexion avec elle, et son petit mot dans mon exemplaire de "oh boy". J'ai également rencontré un auteur qui avait le culot d'être gentil, drôle, intelligent et passionnant. J'ai eu pour mission de passer la journée entière avec lui, de l'écouter me féliciter devant ma directrice. Je suis la seule à conseiller son roman, et je suis sa première vente en France : 90 exemplaires d'un premier roman. Impensable, énorme, et c'est moi qui ai fait ça.

En plus de ces belles rencontres j'ai retrouvé quelqu'un. Inchangé, malgré les épreuves. Dans le meilleur, dans le pire. J'ignore à quel moment j'ai reglissé mais plutôt crever que d'invalider ce qu'on s'est dit le 18 septembre. Aujourd'hui je souffre, beaucoup. Je n'ai pas le courage de lui poser la question qui m'obsède, je suis incapable d'abréger la souffrance qui me consume tous les jours, je crois que cette lourde tâche t'incombera, Alice, n'hésite pas à faire un retour en 2017 pour constater comme je souffre quotidiennement de mon impuissance et de l'énergie que je déploie à me pavaner. Heureusement que je convertis cette énergie à la course, au yoga, aux rêves, à la réalisation de quelques projets comme la reprise de la guitare, les cours à la fac qui ont plu aux étudiants, ce voyage en Irlande avec Damien, le choix d'être seule en ce 31 décembre pour réfléchir à toute cette année écoulée. Je sens que j'ai posé les rails, c'était difficile parce que j'ai passé ces derniers mois sous l'eau, et chaque message de lui était la lumière du phare, mais je me trompe de côte, je me trompe de méthode pour remonter à la surface : j'ai de la force dans les pieds, les câlins de mes amis sont les meilleures des bouées et je ne dois plus craindre le silence. Je ne me prends plus pour un renard, mais j'ai toujours et désespérément besoin de me raccrocher à quelque chose pour me sentir vivante. Alors je fais appel à mon entêtement, et il me gueule que je suis forte, alors je me prive de sortir pour m'exercer à m'aimer moi, à m'offrir du temps, à maîtriser mes angoisses et ce sentiment de vide. J'ai des lectures ciblées et des objectifs très concrets, Alice, on a qu'à dire que 2019 c'est la bonne et que tu pourras me le confirmer.

On me parle de progrès ces dernières semaines, mais ce n'est que depuis quelques jours que je fournis les efforts. Souviens-toi de ce qui a compté : ce master, eux, Bruxelles, l'espoir à Amiens, la réconciliation et rien que ça, les fidèles qui n'oublient pas ton anniversaire, l'amour qui n'est pas qu'un mec dans ton lit, et puis ton envie increvable d'être la vraie et la meilleure version de toi-même.

AIME-TOI!!

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